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Appétit ou utilité du pouvoir ? Question à Isabelle Deprez

A l’occasion du lancement du programme  » Femmes & Dirigeantes » à ESCP Europe, la Conférence des Grandes Ecoles m’a interviewé. L’article étant assez exhaustif, un petit extrait ci-dessous concernant le POUVOIR. A la fin de cet extrait, le lien vers la News complète. Bonne lecture, vous devriez y trouver beaucoup de réponses à vos propres questionnements.

Comment les femmes marquent-elles la différence entre appétit du pouvoir et utilité du pouvoir par rapport à leurs homologues masculins ?

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Je suis tentée de vous répondre que les mots que vous utilisez, appétit de pouvoir et utilité du pouvoir, sont déjà signifiants !

Culturellement, en France, une femme peut-elle librement exprimer un « appétit de pouvoir » ? j’en doute.

Aurais-je envie, en tant que femme, d’être perçue par les autres comme une ogresse ?
La compétition, jouer à s’affronter et sortir des clous sont des comportements valorisés socialement pour les hommes, via l’éducation, puis dans l’entreprise. Il leur est donc plus naturel de revendiquer la pratique du pouvoir et d’être décomplexés dans les jeux politiques.

Les hommes s’expriment généralement plus librement sur le pouvoir qu’ils exercent : « le pouvoir sur » leurs équipes et leur entourage qui leur permet de réaliser leurs projets et ambitions. C’est aussi générationnel. Les aspirations des jeunes hommes diffèrent de leurs aînés. C’est bien exercer du pouvoir sur sa propre vie, s’accomplir qui est désormais la valeur montante.

Pour revenir aux femmes, imaginer que les femmes n’aspirent pas à diriger serait cependant une erreur.
Écoutez ce qu’en dit Véronique Di Bénedetto, DG France d’Econocom 1200 salariés, interrogée le 23 janv. 2012 à l’Escp : « Pas à pas, j’ai découvert que je pouvais entraîner une, puis deux, puis dix …personnes autour de moi. Ça crée du plaisir, j’ai eu envie d’aller plus loin, de diriger plus largement. Qu’est-ce que je fais de ce pouvoir ? J’ai envie de faire grandir les autres. Je m’entoure de leaders qui me poussent à aller plus loin, me font sortir de ma zone de confort. ».

Une autre dirigeante m’exprimait son parcours en ces termes « Tout au long de ma carrière, c’est l’humain qui m’a guidé. J’aspirais à évoluer dans une entreprise ambitieuse, de dimension internationale, pour laquelle la vie des hommes et des femmes serait la priorité car je voulais pouvoir me développer, m’exprimer et m’épanouir en donnant du sens à mon engagement professionnel».
Comme beaucoup de femmes qui m’exposent leurs aspirations et me commentent leur pratique du pouvoir, quand elles osent utiliser ce mot – ce qui est assez rare(1)- elles s’expriment par le « pouvoir de réaliser quelque chose, et par là même de se réaliser ». Il y est très souvent question d’humain et d’équipes.

C’est un aspect sur lequel ma philosophie n’est pas faite si vous m’autorisez cette expression. Des recherches, nombreuses et contradictoires quand on aborde les différences de comportements et d’aspirations entre les hommes et les femmes, tendraient à démontrer que les femmes ont des valeurs et des manières de penser différentes, marquées par la considération (Gilligan, 1982) et des valeurs de communication(Grant, 1988).Ces différences s’expliqueraient par le mode de socialisation durant l’enfance et l’éducation.

Je suis indécise, non que je pense les femmes désintéressées de leurs équipes, mais je m’interroge sur le filtre du langage. Des recherches en linguistique tendraient à démontrer des rituels conversationnels différents entre les hommes et les femmes. La question qui m’interpelle est donc la suivante : « est-ce que ce sont les valeurs qui différent entre les hommes et les femmes, ou la manière de les exprimer ? » Le langage, en sus des stéréotypes, perturbe-t-il les analyses existantes ?

Car je connais aussi beaucoup d’hommes, qui lorsqu’ils s’ouvrent vraiment, vous parlent de leurs équipes….avec amour. Tous ces points sont d’ailleurs largement développés dans mon ouvrage.

Extrait Grand Angle – Newsletter Conférence des Grandes Ecoles – mars 2012
( 1)moins de 5% des JF interrogées –Etude Escp Europe Luisa Fausta-Management et leadership féminins 2010

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