Femme

Coup de projecteur sur de drôles de nounous à l’autre bout du monde

Etes-vous déjà allé à Hong Kong ? Si oui vous avez peut-être vu, dans cette ville démesurée, des nounous dans la rue. Ou alors elles se cachaient bien. Et si non, il me paraît aujourd’hui intéressant de vous en parler. Parce que j’ai été interpellée par le sujet. Comme vous pouvez l’être tout autant.

 

« Le plus difficile pour un homme qui habite Vilvoorde et qui veut aller vivre à Hong-Kong, ce n’est pas d’aller à Hong-Kong, c’est de quitter Vilvoorde. »    
Jacques Brel

 

Le pilier discret des familles aisées

Hong Kong. On y vient du monde entier. Le plus souvent pour gagner de l’argent, rapidement si possible. La ville grouille nuit et jour au rythme des lumières qui ne s’éteignent jamais. Au milieu de la population hétéroclite, des milliers de femmes – elles seraient 300 000 – étonnent par leur calme. Quand on a la chance de les apercevoir, la plupart du temps le dimanche, on comprend qu’elles ne sont pas d’ici. Jeunes, elles sont du Cambodge, des Philippines, du Laos ou du Bangladesh et ne parlent pas un mot de cantonais mais anglais. Elles viennent à Hong Kong dans l’espoir d’une vie meilleure. Gouvernantes et femmes de ménage des familles aisées, elles découvrent une réalité dure à avaler : un esclavage moderne impliquant des droits souvent bafoués.

 

Un statut moyenâgeux dans une ville futuriste

Elles sont là pour deux ans le plus souvent, le temps accordé par leur visa. Ensuite, une fois qu’elles ont économisé assez d’argent, elles peuvent rentrer dans leur pays. Pour enfin vivre leur vie. Parce que pendant ce temps mis entre parenthèses, elles résident dans les familles aisées et n’ont donc aucun espace privé. Elles ne sont chez elles nulle part et leur existence est rythmée par les heures et les exigences des cadres qu’elles servent en tant qu’aide domestique. Parfois en subissant insultes et abus en tous genres. Elles sont d’ailleurs montées au créneau en 2013 suite à l’une d’entre elles qui a bien failli y laisser sa peau. Juste pour revendiquer dignement leur humanité. Qui a tendance à être oublié dans l’indifférence générale.

 

Un dimanche pour revivre

Mais quand le dimanche arrive, toutes ces nounous sortent de l’ombre et affichent leur vrai visage : celui de femmes au regard rieur et au sourire enjoué. Car souvent catholiques pratiquantes, elles commencent leur journée par la messe, avant de rejoindre toutes les autres qui se rassemblent par centaines, dans tous les lieux publics de la ville. Et personne n’y trouve à redire. Comme si ce jour sacré, les escaliers, parcs et autres lieux publics pouvaient être investis par celles qui prennent si peu de place en semaine. A même le sol, assises sur des cartons étalés, elles font revivre la femme en elles à coup de maquillage, coiffure et autres soins qu’elles s’apportent mutuellement. Avec tout le raffinement qui les caractérisent. Enfin les rires éclatent, les discussions fusent, la parole se libère. Ce rassemblement hebdomadaire leur fait goûter à une liberté… bien éphémère.

 

Pour conclure, que dire de cette ségrégation pacifique moderne ? Qu’elle existe sûrement dans plein d’endroits de la planète. Et qu’il me semble important que nous, occidentaux privilégiés, nous soyons conscients et éveillés mais jamais indifférents. Alors, si vous allez à Hong Kong un dimanche, peut-être aurez-vous envie de vous adresser à l’une de ces femmes ? Juste pour lui signifier qu’elle est digne d’être regardée, d’être prise en considération. Vous comme moi ne pouvons pas tout bousculer mais parfois, un simple sourire, un simple mot peut provoquer bien des actions, aussi subtiles soient-elles, par effet de domino.

 

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