Transformation positiveTravail

Le secret de la gestion des talents

Quand le savoir n’est plus signe de pouvoir, dans les contextes aussi évolutifs actuels, comment bien gérer les talents ? Vaste question qui demande de faire un détour par la psychologie positive et les sciences cognitives. Demain, après le confinement, à tous les niveaux, il faudra se remonter les manches, se coordonner, s’appuyer sur les soft skills et la connaissance du fonctionnement humain. C’est pourquoi il m’apparaît important de revenir sur la rhétorique des talents.

Exercer librement son talent, voilà le vrai bonheur. Aristote

Petit retour en arrière
1993. On est en plein essor de la gestion des talents grâce à Guy le Boterf, Docteur d’État en Sciences humaines et Docteur en sociologie. Son approche permet d’affiner la mécanique de classification, de sélection et de formation des compétences. Les nouveaux modèles organisationnels émergent et misent sur l’agilité et la responsabilisation. Depuis, on n’a cessé d’aller toujours plus loin dans cette demande de flexibilité pour s’adapter à ces nouveaux environnements et booster l’engagement des équipes. Ce qui ressort des études ? Un besoin croissant de diversité des employés, la quête de différenciation, la rareté de certaines compétences d’où la recherche constante de la perle rare, et bien sûr celle du bien-être.

« On ne devient pas champion dans un gymnase. On devient champion grâce à ce qu'on ressent ; un désir, un rêve, une vision. On doit avoir du talent et de la technique. Mais le talent doit être plus fort que la technique ». Mohammed Ali

Le tournant des années 2000
Les prémisses se sont fait ressentir bien avant mais c’est vraiment vers 2000 qu’un tournant est pris dans la gestion des talents. L’élément déclencheur ? L’approche de Martin Seligman, chercheur américain en psychologie et inventeur d’un nouveau champ d’investigation : la psychologie positive. Son credo repose sur une démonstration qui paraît évidente aujourd’hui : c’est en misant sur les dispositions naturelles des individus que l’on obtient de plus grands résultats et un meilleur engagement. D’autres chercheurs sont allés dans le même sens et ont fait advenir ce qui, espérons-le, est en train de s’imprégner dans tous les esprits : les soft skills ou compétences comportementales, telles que la créativité ou l’empathie, sont indispensables pour transformer le monde du travail dans le bon sens.

Le talent, ça n'existe pas. Le talent, c'est d'avoir envie de faire quelque chose. Jacques Brel

Ce qui est à retenir, en 2020
Psychologie positive, soft skills, gestion des talents, mais encore ? Les sciences cognitives nous apportent désormais un éclairage complémentaire. Deux caractéristiques ont fait de l’être humain ce qu’il est aujourd’hui. Sa capacité à construire des scénarios imbriqués c’est à dire à se projeter dans le futur, mais aussi son désir de se connecter. Une pulsion profondément ancrée qui le pousse à partager ses pensées avec autrui. Tout ce que les êtres humains ont accompli de grandiose, les merveilles architecturales, artistiques, scientifiques, etc., provient de notre esprit collectif !

Alors s’il convient d’attirer les meilleurs, de les garder et de développer leurs potentialités pour se différencier sur un marché malmené où tout est à réinventer, ne perdons pas de vue que la qualité N°1 qui doit être recherchée, en sus de la faculté à scénariser, est le goût et le talent de faire synergie avec les autres. Les tâches circonscrites et standardisées appartiennent au passé désormais. La transformation numérique a remis à plat tous les process. Aujourd’hui, pour additionner productivité, fidélité et loyauté des collaborateurs et satisfaction client, il devient impossible de s’appuyer sur la valeur prédictive des compétences. Tout cadre rigide vole en éclats.

Pour créer un lien de confiance durable, il convient de miser sur un seul mot d’ordre : la spirale (*).

Du labyrinthe des compétences, n’émerge qu’un seul chemin d’avenir, celui d’accompagner la croissance de tous les talents individuels et non de quelques élus comme cela a été le cas ces dernières années. La spirale est l’illustration visuelle de ce chemin de croissance individuelle et d’un collectif qui s’y agrège pour élargir le flux ascendant. Les travaux sur l’entreprise à mission sont un pas très encourageant dans cette direction.

Isabelle Deprez

(*) Je développe cette notion dans mon dernier livre : Réenchanter le travail, c'est possible !

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.